Lundi, 22 Février 2010 06:20

Back to black

Écrit par  Emilie Coutant
Raphaël Denis noir du deuil Le noir est omniprésent ces derniers temps. Dans la mode, la déco, la musique, l’art…mais aussi dans les amphis! Le cycle de séminaire « Ambiances Quotidiennes », organisé par le CeaQ, reçoit, en Sorbonne, Claudia Attimonelli de l’Université de Bari pour évoquer les « couleurs du noir: du deuil au fetish orgiastique, du blackness à  l’uniforme ». (Pour les intéressés: 23 février, 17h30, Salle des thèses Sorbonne, 14 rue Cujas, Escalier P, 1er étage.)

Cette couleur, ou non couleur selon certains, est au centre des débats et des questionnements contemporains en raison de son ambivalence et de la multiplicité des symboliques qu’elles revêtent.  Couleur de l’élégance, de l’autorité de la fertilité, de l’intérieur, du creux, de la profondeur, le noir évoque le mystères et l’obscure clarté, entre image funeste et noblesse. Le noir fascine et répulse à la fois, il exacerbe les passions: symbole de l’obscurité et de l’impureté mais aussi de la virginité primordiale et du chaos originel, le noir est ambigu. Le peintre Henri Matisse affirmait que « le noir est une couleur en soi, qui résume et consume toutes les autres », ce que n’a pas démenti Gaston Bachelard pour qui « le noir est le refuge de la couleur ».

En matières de tendance de mode, le « total look black » ne cesse d’être revisiter, il apparait comme une valeur-refuge pour certains couturiers, surtout dans les périodes un peu maussades où l’excentricité n’est pas de mise, mais est aussi un véritable crédo pour d’autres qui créent leurs collections sur la base de cette seule couleur, à l’instar de Stéphane Plassier qui a crée la « première marque de vêtements noirs ». Ce créateur-designer passionné par la couleur noire, ou plutôt par la pluralité des noirs, a imaginé un projet de mode, « Set In Black » mêlant le noir, la couleur, aux différents sens du mot noir. Il y consacre une boutique mais également une galerie dans laquelle il a reçu récemment deux expositions d’artistes:   "Noir du deuil" de Raphaël Denis et « Noir et festin  » de Frédéric Atlan. 

Le noir a également eu sa tribune ces derniers mois à Beaubourg à l’occasion du célèbre hommage du Centre Pompidou à Pierre Soulages, en l’honneur de ses 90 ans (qui se tient encore jusqu’au 8 mars!).  Soulages, « peintre du noir et de la lumière » vous un véritable culte à cette couleur et parvient à faire ressortir du noir de ses oeuvres une apparente lumière par le jeu des ombres, jusqu’à faire naître d’autres couleurs dans les yeux de son observateur.

Racontant sa rencontre avec cette couleur en janvier 1979, il dit: «Un jour que je peignais, le noir avait envahi toute la surface de la toile (…) J’ai vu en quelque sorte la négation du noir, les différentes textures réfléchissant plus ou moins faiblement la lumière. Du sombre émanait une clarté, une lumière picturale, dont le pouvoir émotionnel animait mon désir de peindre. J’aime que cette couleur violente incite à l’intériorisation. Mon instrument n’était plus le noir mais cette lumière secrète venue du noir. D’autant plus intense dans ses effets, qu’elle émane de la plus grande absence de la lumière. Je me suis engagé dans cette voie. J’y trouve toujours des ouvertures nouvelles.»

Cette clarté du noir est également l’orientation d’un artiste moins connu mais qui gagne à l’être: Fréderic Halbreigh qui expose son travail à la laque noire intitulé « Noire luminescence » à la Galerie les Exprimeurs, à partir de jeudi et jusqu’au 27 mars 2010.

Hedi Slimane hédi slimane black

Dans mes recherches pour la thèse, le noir a pris une place importante, il est une couleur des plus intrigantes car relèvant à la fois de l’intensité et de l’effacement: dans la mode masculine, c’est la couleur intemporelle qu’il s’agisse de l’éternel costume masculin ou du blouson de cuir (des mods, des motards, des rockers, des punks). Le noir peut aussi se trouver impliqué dans la négation même de la différence sexuelle, comme lorsque dans, vêtu de noir liseré d’or, un Michaël Jackson androgyne et sans âge, pour être ensuite imité par une Madonna portant costume masculin et monocle. Les dandys du XIXème ont également leur continuité aujourd’hui, que ce soit chez les hommes entièrement lookés par le style Slimane ou chez les jeunes rockers tel Pete Doherty ou BB Brunes. Le noir reste la couleur du rebelle, mystérieux, sombre, élégant et ambigu à la fois.

Découvrez aussi le clip de Massive Attack, Splitting the atom (Album Heligoland, 2010)

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