Lundi, 02 Mai 2016 13:50

Les Damnées du Low Cost- Projection Débat Smart Fashion Week

Écrit par  Isabella Carrazza

 

Mardi 19 avril 2016, dans le cadre de la Smart Fashion Week, à l’Archipel à Paris, le documentaire français "Les Damnées du Low Cost” d’Anne Ginztbuger et Franck Vrignon (France, 2014, 52 minutes) a été présenté. Il fut suivi d’une table ronde composé de :

  • Naila Ajaltouni, du collectif Éthique sur l’Étiquette;

  • Charles Huet, porte parole de la Fédération Indépendante du Made In France;

  • Christian Zolesi, directeur associé de Greenflex.

Les Damnées du Low Cost - Smart Fashion Week - Tendance Sociale Les Damnées du Low Cost - Smart Fashion Week - Tendance Sociale

 

Ce documentaire, datant de 2014, explore les débris de l’usine de Rana Plaza au Bangladesh en cherchant des traces des marques fabriquées dans les ateliers de l’immeuble afin de découvrir si les responsables pour le sous-traitement de ces marques (dont quelques-unes françaises) étaient au courant des conditions de travail auquel les ouvrières étaient soumises. Dans l’usine travaillaient environ 4000 personnes obligées de produire près de 1500 pièces par jour chacun pour des salaires quatre fois plus bas qu’en Chine, tandis que les commanditaires en tiraient plus de 40% de profits. Le jour de l’effondrement, alors qu’ils avaient eu connaissance d’une fissure dans l’un des murs, ces ouvriers furent tout de même obligés de retourner au travail sous peine d’être licenciés. Le résultat? Plus de 1000 morts et des centaines de blessés et mutilés. Pour aider les familles des victimes, un trust fund a été mis en place par quelques-unes des marques impliquées dans la tragédie, mais presque un an après, aucune personne n'avait reçu les compensations dues. Pour les mutilés, un double problème : l’absence de fonds du gouvernement du Bangladesh pour s’en occuper et l’impossibilité de retrouver un travail.

 

Ce documentaire permet avant tout d’alerter sur les conditions et conséquences du marché du textile low-cost, et ainsi d’introduire le but de la Smart Fashion Week: ouvrir une grande discusion sur les attitudes positives pour aller vers la consommation éthique.

 

La première question posée portait sur la question de la traçabilité : comment tracer les composants textiles d’un vêtement ? La réponse n’esr pas très encourageante: “c’est extrêmement compliqué”. La chaîne de production et d’approvisionnement du secteur textile est complexe et passe parmi plusieurs pays, depuis la culture de la plante qui va donner la fibre textile jusqu’à l’assemblage de l’habit. De plus, l’Union Européenne est la seule zone régionale où il n’est pas obligatoire d’indiquer le pays d’origine d’un produit textile. C’est-à-dire que les pays n’ont pas l’autonomie de l’instituer. Ainsi si l’ on trouve des étiquettes de “made in” dans ce qu’on achète, cela vient d’une initiative autonome de la marque plutôt que d’une loi du pays. Alors, que faire ? Selon Charles Huet, il faudrait appliquer une des compétences de la Loi Economie Sociale et Solidaire, de 2014, qui affirme l’obligation d’une entreprise de répondre à une demande  des consommateurs quant à l’origine de ses produits dans un délai de 45 jours. Alors, si vous ne trouvez pas l’information sur l’étiquette mentionnant provenance et l’origine de votre produit, demandez-la ! La marque est obligée de vous répondre, elle devra le faire de la même façon sur les produits chimiques qui ont été utilisés dans sa production.

 

Vu que la majorité de l’audience de la projection était jeune et étudiante (c’est-à-dire, avec un petit budget), les animateurs nous ont donnés des conseils pour réussir à consommer d’une façon plus éthique sans vider nos (petites) poches. Consommer moins, c’est la clé. Charles Huet nous a suggérés de “remplacer les achats chez les enseignes fast-fashion par des vêtements d’occasion, en participant à des vides-dressing ou des marchés de créateurs de mode éthique comme celui mis en place dans le cadre de la Smart Fashion Week”. Et si on ne peut (ou ne veut) pas dépenser plus pour s’habiller, que faire? Selon Naila Ajaltouni, on peut au moins “faire notre devoir citoyen: c’est à dire faire pression sur des marques, être plus attentif aux marques qu’on achète.” La question est de changer la mentalité des consommateurs pour exercer cette pression et modifier le modus operandi des grandes marques. Nous voyons déjà une modification s’engendrer, mais il faut qu’elle se propage. Avec le flou d’information de l’ère numérique, s’informer sur ce qu’on s’achète est devenu beaucoup plus facile, il faut seulement avoir de l’intérêt et utiliser les outils disponibles. En fait, c’est cela que veut montrer la Smart Fashion Week: nous, consommateurs, avons le pouvoir de changer la façon dont la mode est faite. Alors, utilisons-le !

 

Les Damnées du Low Cost - Smart Fashion Week - Tendance Sociale

 

COncrètement que faire, Anne Sophie Novel dans son article du 23 avril 2016 sur son blog alternatives.lemonde.fr rapporte les propos de Catherine Dauriac, journaliste et blogueuse spécialisée dans la mode alternative, pour qui il faut surtout trouver les bons réflexes pour contrer l’accélération du rythme des collections (jusqu’à 8 à 10 par an) :

 

  • Avant d'acheter, il est préférable de trier sa penderie: "ce qui est troué, tâché, trop petit se lave et de donne à des organismes de recyclage comme le RELAIS (Emmaüs),  ça sertà recréer des fils pour confectionner de nouveaux vêtements ou à fabriquer des isolants pour la maison comme le METISSE® 100 coton-denim récemment labellisé par l'ACERMI" précise la spécialiste.

  • ecosapiens_bonslabelsTruandsLors de ses achats, l'essentiel est de veiller aux labels  (GOTS certifie un coton bio, MINGA signale le commerce équitable), d'éviter les fabrications Bangladesh, Chine, et préférer le made in France (sachant que le seul label reconnu est "Origine France contrôlée" et que très peu d'entreprises l'ont pour le moment) et/ou le made in Italie qui est pas mal pour le cuir et les vêtements (plutôt moyenne/haute gamme).

  • Pensez aussi à privilégier les matières naturelles d'origine européenne (lin, chanvre) en faisant attention à la fabrication ("ces fibres sont cultivées en Europe mais partent en Chine pour la transformation et le tissage. Les teintures sont parfois irritantes" explique Catherine Dauriac), et donc préférer un label ou une certification Lin européen ("souvent indiqué sur l'étiquette comme chez Uniqlo, qui fabrique en Chine mais avec une politique sociale") - une nouvelle certification a été mise en place par la Confédération du lin et du chanvre:European Flax (traçabilité certifiée au moins 50 % européenne de la fibre au produit fini). "On le trouve pour le linge de maison au Galeries Lafayette par exemple" explique la journaliste.

  • Pour la laine (même Woolmark), attention aux modes de fabrication: elle est souvent issue de troupeau élevés de façon intensive avec des pratiques barbares comme le museling.

  • Le cachemire (petit prix) est une arnaque de mauvaise qualité, mal teint, qui va boulocher ("préférer le cachemire solidaire Mongol de Saranguerel issu de troupeau élevé dans les steppes et tricoté par des ateliers de femmes certifiés").

  • Attention aux faux amis 'écologiques' comme la fibre de bambou qui est une viscose fil synthétique réalisé à partir de bois. "Transformer du bois en Fil demande beaucoup de chimie, une chimie qui se retrouve dans les rivières..."souligne Catherine Dauriac.

  • Pour le cuir, préférez le tannage végétal, car "les produits de consommation courante (marques ERAM, etc.... ) autour de 50 € sont fabriqués avec des cuirs tannés en Asie contenant du Chrome 3 et surtout du Chrome 6 (hautement cancérigène)" avertit la spécialiste, mentionnant les tragédies écologiques en Chine (rivières polluées) et humaines (Bangladesh, Thaïlande).

  • Pour les jeans, préférez les denims bio ou non blanchis ou usés. "La fabrication du jean est parmi les plus polluante au monde, de la teinture à l'ennoblissement (sablage, etc.), il fait de très nombreuses victimes par maladies pulmonaires" rappelle la journaliste.

  • Pensez aussi à louer certaines pièces (belles robes pour un mariage, sacs de luxe pour une soirée habillée, etc.), à utiliser des sites de revente et d'occasion et n'hésitez pas à poser des questions sur les modes de fabrication.

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