Lundi, 25 Février 2013 14:40

Code noir - Li Edelkoort Favori

Écrit par  Emilie Coutant

Code Noir - Lidelwij Edelkoort - Frac Haute Normandie - Tendance Sociale 2013.jpg

Dans le cadre de son focus 2013 sur la couleur, le Fonds Régional d’Art Contemporain de Haute-Normandie organise une importante exposition autour du noir. Parmi les 1800 œuvres qui composent aujourd’hui son fonds, les variations de coloris noir ressortent de manière significative à travers tous les supports : la peinture, les dessins, les livres d’artistes mais aussi la photographie et le film. Pour mettre en avant cette remarquable présence du noir et étudier la place de cette couleur au sein de sa collection, le Frac a fait appel au Bureau de tendances et de stratégies de Lidewij Edelkoort pour présenter, mettre en scène et interpréter ses œuvres. Définis comme des cabinets de recherche de tendances, Studio Edelkoort et Trend Union ont pour dessein de prévoir, déceler, analyser et formuler les tendances à venir pour des industries aussi diverses que le textile et la mode, l’automobile, les réseaux et technologies de communication, l’alimentaire, la beauté mais aussi les stratégies de marques, de villes et de régions, de ministères, d'orchestres..... Pour étayer ses prévisions, Lidewij Edelkoort réalise des "cahiers de tendances" qui rassemblent, sous forme de planches illustrées, échantillons de couleurs, matières, motifs, croquis, photos d’ambiance, textes et concepts afin de mettre en perspective des orientations esthétiques et pronostics culturels à venir. Pour l’année 2013 et les suivantes, Lidewij Edelkoort a précisément élaboré dans ses cahiers une thématique autour du noir via une résurgence de formes romantiques et même "frénétiques", d’un retour au fantastique et à l’inquiétant.
À l’appui de ce cahier et à l’instar des modes de présentations qu’elle met en scène dans son espace parisien, son studio va ainsi mettre en exposition, avec ses codes et son langage, les œuvres "noires" de la collection. À ces œuvres s’ajouteront des prêts issus du Frac Basse-Normandie dont la présence renforcera le lien entre la collection du Frac et l’univers du bureau de tendance. Pour mieux souligner cette transposition, le studio transformera l’espace du Frac en "boutique" reprenant ainsi les codes des présentations de collections de mode. Cette collaboration avec un bureau de recherches de tendances s’inscrit dans le cadre des réflexions et propositions du Frac Haute-Normandie autour de sa collection et des manières de l’exposer. Il s’agit d’observer, à travers le prisme de la couleur, l’histoire, les articulations et les sens de la collection tout en posant la question de notre regard et du contexte. En transposant les codes issus du domaine de la mode et de la consommation dans une collection publique d’art contemporain, cette exposition ouvrira une perspective sur les rapports des arts visuels à l’air du temps, à la tendance et aux goûts en évolution. Par là même, cette exposition permettra d’interroger l’influence de l’économique dans notre appréhension de l’art. À travers cette transposition, cette exposition sera l’occasion d’éprouver les liens toujours plus intriqués qui se tissent aujourd’hui entre magasins de luxe et espaces d’expositions, entre le monde de la mode et le domaine de l’art.

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“Le romantisme n’est précisément ni dans le choix des sujets ni dans la vérité exacte, mais dans la manière de sentir.” Charles Baudelaire
"Depuis la nuit des temps le noir a su raconter beaucoup de choses, il a exprimé le deuil, la pauvreté, la négation, la révolte et il a exalté l'avant-garde et la haute couture. Autant Rive Gauche que Rive Droite. Des cuirs déchirés et cloutés jusqu'à la perfection de la petite robe noire, des vêtements brutaux bondage jusqu'aux somptueuses robes de bal, des cols roulés modestes des mods jusqu'aux capuches des moines modernes, le même noir a fait couler beaucoup d'encre, noire ou presque noire elle aussi. Il est capable d'exprimer l'amour et le romantisme autant que la haine et le racisme, à proportion égale et avec une même ardeur. La matière noire sera gravée à jamais dans nos âmes d'adolescents ; le film noir, café noir, beurre noir, blouson noir, pinot noir. Aujourd'hui le noir se fait lustré et magnifique en queue de pie, aile de corbeau ou crin de cheval, se voit en dentelle en masque de domination, voile de séduction et burka de discrétion. Le noir reflète les opinions comme un institut de sondage de l'air du temps. Les sondages sont d'accord et convaincants; une fois de plus on vote pour le noir. Mais derrière ce voile sombre se cache une myriade de mentalités, de goûts divergents et de personnages disparates. Dans un siècle chaotique qui n'arrive toujours pas à trouver son chemin, il semblerait qu'il y ait juste une seule issue. Une direction à prendre. Il faut d'une façon ou d'une autre réaliser une fusion des contraires et un gommage des contrastes pour embrasser et exploiter l'idée d'hybrides créatifs entre les diverses disciplines, pour enfin faire le pont entre les deux cerveaux. Abolir la pensée bipolaire au profit d'une réflexion universelle et holistique. Soudain le noir semble être le fédérateur des disciplines; le vêtement devient langage, le dessin se veut texte, le volume se voit en aplat, les matières se hérissent, la peinture devient textile, tandis que la photo se pense monochrome et la vidéo se vend tableau. Nous sommes les témoins d’une scène artistique en fusion où tous les arts s’agrègent pour ne faire qu’un seul mouvement, une seule vision et une seule discipline s’adressant à tous les sens, suspendus entre les dimensions. En tant que tel, le romantisme revisité peut être vu comme une réaction contre la raison, capable d’exalter le mystérieux et le fantastique.
Un romantisme pour s’évader de la réalité et pénétrer l’enchantement du rêve, trouvant le sublime dans le morbide et des millions dans une tête de mort. La vanité de la mode et du design nous appelant d’outre-tombe. C'est probablement pour cela que le noir revient en force parce qu'en lui tout peut se fondre, tout peut s'unifier. Coloris de mélange des genres et de métissage, le noir en devient muet et mat, capable de tout absorber, de tout gommer. Un noir écran total. Une façon d'avancer, de recentrer et d'estomper les différences. Soudain le noir devient étendard d'un mouvement politique qui n'existe pas encore, un mouvement altruiste en train de naître, une moralité en devenir capable de relancer la création en dehors des pistes économiques, au lieu de subir une fatalité culturelle. Pour vivre notre époque, le noir s'impose en tant qu'expression romantique voire même frénétique. Avec un retour à la vie rurale, aux folklores et aux rituels jumelés à un profond respect pour la spiritualité ordinaire, pour une meilleure vie quotidienne. Un romantisme pour éprouver les grands sentiments et ressentir un besoin d'évasion, une envie viscérale de paysages, de voir l'horizon de sa vie. Un désir de disparaître aussi comme un urgent besoin d'anonymat. Une abstraction comme une retraite qui devient études de noirs, expressions de matières, cris d'alarme. Les icônes se suicident, s'oublient, disparaissent. Alors, grand retour des capes et des redingotes, des robes longues et des jupes balayeuses. Le tout souligné par les bottines et beaucoup de chapeaux. Des chemises de peintres, des pantalons cigarettes, des robes de moines et des cagoules de terroristes. On mélange avec ironie tous les signes extérieurs des religions pour en faire un devoir de dévotion. Ainsi le noir dessine-t-il la vie, la silhouette et le destin en même temps."
Lidewij Edelkoort, Commissaire de l'exposition

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Issey Miyake - Code Noir - Lidelwij Edelkoort - Frac Haute Normandie - Tendance Sociale 2013.jpg

Lidewij Edelkoort

Née aux Pays-Bas en 1950, Lidewij Edelkoort débute sa carrière comme styliste et coordinatrice de tendances pour le grand magasin De Bijenkorfaprès avoir étudié au début des années 70 le design de mode à l’Académie des Beaux-Arts de Arnhem. Elle s’installe à Paris en 1975 où elle travaille comme consultante en textile et recherche de tendances. Dans les années 80, elle crée Trend Union, un bureau international de recherche de tendances et de consulting sur la couleur, les styles de vie et l’identité de marque. Viennent ensuite Edelkoort Inc. à New York et Edelkoort East à Tokyo. Son studio a pour dessein de décrypter les tendances et développer des concepts pour les besoins des grandes entreprises du monde de la mode, de l’industrie textile et du secteur de la beauté, mais également pour des constructeurs automobiles ou des institutions gouvernementales.
De 1999 à 2008, elle préside la célèbre Design Academy Eindhoven aux PaysBas et se spécialise durant cette période dans le design industriel et la forme autonome. À ce titre, elle conçoit plusieurs expositions internationales : « Armour » aux Pays-Bas, « Skin Tight : the Sensibility of the Flesh » au Musée d’Art Moderne de Chicago en 2004, « North meets South » au Centre culturel Suédois à Paris et au Nordiska Museet à Stockholm en 2005 et 2006, et "Archéologie du futur" à l'Institut Néerlandais à Paris en 2009 et "Post Fossil" à la Galerie 21_21 de Issey Miyake à Tokyo en 2010 puis au Design Holon Museum en Israël en 2011.
 
Elle fonde en 2011 une école de design à Poznan en Pologne. Cette School of Form a pour philosophie l’enseignement des disciplines de design associées aux sciences humaines. En 1993, elle crée un projet humanitaire, Heartwear, dont le but est le maintien des savoir-faire artisanaux et la transmission des métiers.
Elle officie aujourd’hui au sein de son propre think tank, Studio Edelkoort avec lequel elle publie des cahiers de tendances, livres et catalogues sur la mode et le design tout en réalisant avec son équipe, sa plateforme de tendances intitulée www.trendtablet.com.
Lidewij Edelkoort a reçu plusieurs distinctions internationales : elle reçoit en 2008 les insignes de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres par le Ministère de la Culture Française, décorée en 2008 Chevalier de l’Ordre d’Orange-Nassau par la Reine des Pays-Bas, et est décorée Chevalier de l’Ordre d’Orange-Nassau par la Reine des Pays-Bas. En novembre 2012, les Pays-Bas lui ont décerné le Prix Prins Bernhard Cultuurfonds pour son oeuvretrend forecaster et sa contribution au monde de la culture. En 2003, le TIME magazine choisissait de figurer Lidewij Edelkoort parmi les 25 personnalités les plus influentes au monde, dans le domaine de la mode.

Trend Union

Dans les années 1980, Lidewij Edelkoort dynamise son réseau avec la création de Trend Union, un bureau de coopération entre professionnels de la mode et du textile qui anticipent les tendances. Lidewij Edelkoort et Trend Union se spécialisent également dans les consulting stratégiques avec le Studio Edelkoort ainsi que dans la publication de magazines avec Edelkoort Editions. De la conception des forums de tendances du salon Première Vision dans les années 80, jusqu’à l’analyse des comportements des consommateurs pour les plus grandes marques internationales depuis les années 90, Lidewij Edelkoortest considérée comme l’une des « chasseuses de tendances » les plus à la pointe. Elle annonce les concepts, couleurs et matières qui seront à la mode, deux à trois ans à l’avance. Elle et son équipe orientent ainsi les professionnels pour interpréter l’évolution de la société et décrypter les signaux avant-coureurs des envies des consommateurs dans un contexte économique.

Les cahiers de tendances

Tous les six mois, Lidewij Edelkoort conçoit personnellement une collection de cahiers de tendances et d’audiovisuels destinés aux industries du textile, de la mode, des accessoires et de la beauté. Ces cahiers et audiovisuels expriment sa vision des principales tendances à venir, selon les comportements avant-coureurs des consommateurs. Edités en quantité limitée, ces cahiers soigneusement finalisés à la main, sont mondialement distribués. Cette collection de six cahiers destinée aux secteurs de la création au rythme saisonnier, est mise en place par Lidewij Edelkoort et l’équipe Trend Union, deux fois par an. D'autres cahiers publiés une fois par an, ou tous les deux ans, répondent aux besoins créatifs des secteurs de l’architecture, du design d’intérieur, du bien-être et styles de vie. Pour l’exposition « Code Noir », Lidewij Edelkoort se base sur son cahier de « Tendances Générales » qui est le cahier principal de la saison, présentant les tendances deux ans en amont. Ce cahier exprime les tendances à travers des visuels, gammes de couleurs, matières et textiles échantillonnés à travers le monde entier et des mots clefs et textes. Dans le cadre de l'exposition "Code Noir", Lidewij Edelkoort a proposé d'élaborer un cahier de tendances. Conçue sous forme de livret, cette édition est spécialement pensée pour l'exposition.
Code Noir - Lidewij Edelkoort - frac haute normandie - Tendance Sociale 2013

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